Titres et diplômes
Résumé des travaux
Quelle est la nature des relations entretenues entre une société paysanne et un milieu agro-écologique forestier ?, entre les volontés de pouvoirs centraux se faisant fort d’imposer leurs différents modèles politiques et les stratégies d’une paysannerie devant avant tout assurer sa subsistance ? Telles sont les questions essentielles auxquelles répond la thèse de géographie réalisée dans la région du piémont du massif du Tam Dao – province de Vinh Phuc, Nord du Viet Nam – à partir de 1993. Il y est développé une description analytique des paysages du massif du Tam Dao, de leur évolution à travers le 20e siècle (1915-1989) et de leur dialogue avec une population qui n’a cessé de s’accroître. Pour autant, les conclusions avancées montrent combien le recul forestier ne peut être corrélé aux seuls faits démographiques et ethniques. Parmi une matrice de contraintes, la pression démographique et le fait ethnique peuvent être appréhendées comme l’une des causes majeures ou bien être déconnectées des processus amenant au recul forestier. La deuxième partie s’attache aux relations changeantes entre l’État et la paysannerie sur deux siècles, leur impact sur la transformation de la société et des paysages. Il y est démontré combien le massif du Tam Dao aura joué le rôle d’exutoire à la paupérisation des riziculteurs du piémont et les causes du recul du couvert forestier du Tam Dao, dont la coupe légale ou illégale du bois, alors que le massif devient un espace de ressources essentiel pour la survie des habitants du piémont. Il y est est également prouvé le rôle crucial joué, sous tous les régimes, par les intermédiaires des relations entre l’État et la paysannerie, les agents locaux. L’une des données majeures de cette recherche est ici la primauté du fait local dans les transformations des paysages. La corrélation établie entre la prépondérance de la propriété privée au début du 19e siècle et l’incapacité du régime communiste à collectiviser l’ensemble des moyens de production lors de la période socialiste laisse une large place aux initiatives individuelles dans l’utilisation et l’occupation des hautes terres ; elle prouve l’érosion de l’influence de l’État à mesure que l’on s'éloigne des basses terres rizicoles du delta du fleuve Rouge.
Par ailleurs, un processus se répète sous chaque régime, comme un “encerclement” des politiques nationales : l’échec de l’État, soit dans la traduction sur le terrain de ses politiques soit dans les résultats économiques et structurels, entraîne invariablement 1) une adaptation des réformes, voire une “contre-réforme”, menée par les agents locaux sur le piémont et sur les versants ; 2) un déséquilibre dans la répartition des richesses créées, au profit des agents locaux, qui réinvestissent leur capital notamment dans l’exploitation forestière ; 3) une détérioration de la situation alimentaire des foyers paysans, qui ne trouvent d’échappatoire que dans la conquête agricole et la coupe forestière en milieu montagnard.
La démarche historique se poursuit dans la troisième partie par l’analyse de la nouvelle donne des années 1988-1995, notamment le cadre législatif de la décollectivisation et du dynamisme retrouvé des campagnes. La dernière section présente une typologie socio-économique, comprenant six catégories des foyers ayant représentés les principaux répondants. Cette plongée dans la sphère familiale met en lumière l’accentuation des inégalités sociales et redéfinie les rapports qu’entretiennent les paysans avec leurs milieux agro-écologiques, en particuliers les versants montagnards : tout se passe comme si les réformes, censées redonner leurs chances à tous par le rétablissement de l’initiative individuelle, avaient libéré les potentialités et handicaps accumulés et comme gelés dans les périodes précédentes. Les conclusions font apparaître quatre idées maîtresses :
Mes travaux ont ensuite porté sur les questions de recherche/développement (2000-2006). Tout d’abord, dans le cadre d’un projet nationale de contrôle du trachome mené par l’Organisation Mondiale de la Santé au Vietnam (International Trachoma Initiative), puis via un programme de réduction durable de la malnutrition infantile au Vietnam (Fasevie) ; ce dernier programme de recherche-action fut mis en place conjointement par le Gret et l’IRD et mené en partenariat avec l’Institut national de la nutrition basé à Hanoi.
À partir de 2006, mes activités m’ont amené à développer des activités de recherche en sciences sociales et la diffusion de ses productions ainsi que le renforcement du partenariat franco-vietnamien dans ce domaine en coordonnant le Fonds de Solidarité Prioritaires (FSP2S) «Appui à la recherche sur les enjeux de la transition économique et sociale au Vietnam» (MAE-mise en œuvre confiée à l’École française d’Extrême-Orient). La première Université d’été en sciences sociales (Journées de Tam Dao/JTD) a été organisée, en 2007, dans le cadre de ce projet suite au constat partagé d’un besoin de renforcement des capacités méthodologiques et de maîtrise des outils d’enquêtes et de traitement des données. Rééditées en 2008 et 2009, les JTD ont conservé l’objectif d’introduire les futurs cadres scientifiques vietnamiens aux savoir faire et aux outils intellectuels nécessaires à une connaissance rigoureuse de la réalité sociale, et de fournir les bases théoriques et méthodologiques pour l’élaboration d’un projet de recherche scientifiquement pertinent. Ces manifestations se sont pleinement inscrites dans la stratégie politique de formation universitaire et de recherche du Vietnam. Etant donné le succès des trois premières éditions, et afin d’accompagner le développement d’une Université d’été régionale, les partenaires historiques de cette opération – l’AFD, l’IRD, l’ASSV, et l’EFEO, associé à un nouveau partenaire l’Université de Nantes – ont décidé de confirmer et de formaliser leur engagement conjoint pour les quatre prochaines années 2010-2013.
Principales publications